• Vacances

    Je range mon costume de maîtresse jusqu'à fin août.

    Et maintenant, repos! 

    Bonnes vacances à tous!

    happy


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  • (Je suis désolée, il s'agit encore d'un article un peu d'humeur, où je donne mon opinion et livre mes réflexions pédagogiques... Le contenu n'engage que moi et ne concerne que ma petite personne. Bref, c'est mon avis à moi.)

     

    Je ne supporte plus la pédagogie Montessori. J'ai des pulsions pyromanes quand je vois la tour rose trôner dans ma classe, envie de faire des copeaux avec les formes à dessin, d'écraser les perles dorées une par une à coup de talon...

    Ouais, j'suis violente en cette fin d'année et je sais que je ne vais pas me faire que des copines. ^^

    Et pourtant, pédagogie Montessori je t'ai tant aimé, j'ai rêvé de toi, je t'ai vu et revu en vidéos, lu et relu en articles... Tout était si beau, si magnifique, si merveilleux.

    En étant nommée en maternelle multiâge/multiniveau, je me suis jetée dans les livres de Maria Montessori, j'ai payé avec mes sous à moi du matériel... beaucoup de matériel et donc beaucoup de sous à moi y sont passés, j'ai passé des heures et des heures à bricoler... et puis en septembre j'ai tenté une transition classe classique vers classe Montessori, j'espérais arriver à finir l'année en ne fonctionnant que comme cela...

    Ouaip, j'suis une passionnée, une vrai de vrai, une jusqu’au-boutiste. 

    Septembre fut très rude.

    Octobre fut très rude.

    Novembre fut très rude.

    Décembre fut pire.

    Mes élèves ne sont pas parfaits, je ne suis pas parfaite, mon matériel n'est pas parfait, les locaux ne sont pas parfaits... Ce fut très dur en début d'année de voir les élèves détruire en quelques instants du matériel que j'avais mis des heures à fabriquer, les voir s'obstiner à faire n'importe quoi avec les activités malgré les présentations et  la surveillance, voir que la seule chose qui les intéressait avec les plateaux de transvasement était d'inonder la table, de tout mettre par terre pour marcher dessus, d'utiliser la semoule comme bac à sable... ou de faire des cabanes avec les cartes, des sabres avec les barres et de donner un coup de pied dans la tour rose... impossible de les empêcher de prendre et détruire les plateaux qui ne leur avait pas été présenté...  Jamais un plateau n'était correctement rangé,  ils ont cassé une quantité colossale de vaisselle. Le soin? le volonté d'y arriver? La volonté de bien faire? rare, plus que rare même... 

     

    Bref, il y a les vidéos/blog des classes Montessoris et il y a ma classe, entre les deux un gouffre, que dis-je, il y a un monde, un univers même!

    Pourtant j'ai tant travaillé! cry

    Alors, au pied du mur de la dure réalité de mon incapacité à tenir une classe montessorienne, j'ai remis en question mon choix et pris du recul par rapport à tout ce que j'avais vu et lu sur cette pédagogie. 

    Qu'est-ce qui m'avait tant plu? 

    - La liberté et l'autonomie des élèves. 

    Quand on y réfléchit bien, il n'y a pas vraiment de liberté. Les choix sont restreints, il n'y a qu'une manière très stricte d'utiliser le matériel, en fait il y a peu de libertés  réelles. Il n'y a qu'un choix de prendre entre telle ou telle activité très stricte, et non le choix de faire ce que l'on veut.

    Quand à l'autonomie, en fait cette autonomie là demande une discipline de fer et une surveillance très pointue si on veut que les élèves utilisent le matériel comme la méthode le demande. Et je dois avouer, que moi, je n'y arrive pas, je n'arrive pas à fliquer chaque élève à tout instant pour être sûr qu'il prenne bien le pichet comme il faut et repose le plateau à l'endroit exacte où il l'a pris.

     

    - L'ambiance calme et travailleuse.

    J'en rêve encore... 

     

    - Apprendre chacun à son rythme. 

    Mais est-ce la seule manière d'y arriver? N'a-t-on le choix qu'entre Montessori ou les ateliers tournants où tout le monde fait la même chose en même temps? 

     

    - Le niveau scolaire hallucinant des élèves.

    Alors, c'est THE chose qui me faisait terriblement fantasmer. Des élèves avec en moyenne deux ans d'avance! C'est-y pas merveilleux? Moi la vilaine instructionniste ça me faisait carrément baver d'envie. En plus ça avait l'air siiiiiiiiiii facile! 

    et puis... et puis il y a eu la prise de conscience : mais pourquoi? Pourquoi vouloir des MS lecteurs et des GS qui comptent jusqu'à mille?  Sérieux? A 5 ans ils n'ont rien d'autre à faire? 

    Et surtout comment ça fonctionne réellement? 

    En fait, la pédagogie Montessori, c'est une méthode extrêmement rigide : chaque enfant doit passer par les mêmes étapes, les répéter encore et encore jusqu'à la réussir facilement et passer à l'étape suivante, seule la vitesse d'évolution est unique à chaque enfant. D'où l'intérêt du peu de choix des activités et que leur réalisation se fasse selon des critères stricts. Certaines activités deviennent légèrement pavloviennes à force de répétitions. En fait c'est extrêmement mécanique : répéter, répéter, répéter jusqu'à l'automatisation (et le par-coeur aussi). Ça a un petit côté dressage... (Oh, j'ai les oreilles qui sifflent d'un coup là...)

    Pourquoi tant d'avance sur les apprentissages scolaires au final? Car d'un côté les activités sont très bien choisies et découpées, et aussi simplement car il n'y a que ça à faire en classe pendant plusieurs heures par jour.

    Et à ce stade là, arrive le point qui a fait sans doute dérailler mon voeux pieux de classe montessorienne : la créativité et l'imaginaire, ou plutôt leur absence!

    Si on lit les textes de Maria Montessori, on découvre qu'elle bannissait tout ce qui pouvait avoir trait à l'imaginaire et à la créativité. Selon ce que j'ai pu lire, il fallait absolument raccrocher les enfants au réel, les rendre rationnel (et d'un autre côté les rendre pieux et bon chrétien... si si, on oublie trop souvent ce volet de la pédagogie Montessori) On ne dessine que pour représenter la nature, on lit des documentaires et histoires vraies... On fabrique au final une sorte de machine, l'enfant apprend à faire selon un protocole fixe, un objet = une utilisation,  et à répéter... 

    (Je vous entends hurler d'ici... mais soyons honnête, c'est ça les activités autonomes Montessori.)

    Et c'est là, précisément que chez moi ça déraille : pour moi, entretenir et développer la créativité est un élément essentiel de l'école maternelle et j'ai une passion pour la pédagogie Reggio d'Emilia (pédagogie totalement inapplicable en classe normale) Ce sont opposées alors ma conception de l'enfant-créateur Reggian et celle de l'enfant-exécutant montessorien. Du coup, les élèves s'engouffrent dans la brèche et c'est la cata. 

    Après des mois très rudes, j'ai donc lâché du leste et j'ai laissé tomber le côté psychorigide montessorien, j'ai installé plein d'activités libres, mêlé aux activités montessoriennes :

    Brouille Montessorienne

    (Vi vi vi, c'est la même photo que dans l'article précédent... vive le recyclage.)

    J'ai installé des matériaux et des outils en accès libre et sans consigne (autre que ne pas détruire, et ranger/nettoyer après)

    Brouille Montessorienne

    (vi, c'est du recyclage de photo aussi...)

    Du coup, ma classe n'est pas et ne sera jamais montessorienne, mes élèves n'auront pas deux ans d'avance (mais rassurez-vous, ils ont un niveau scolaire tout à fait correct et ce tranquillement sans stress), il ne règne pas un silence feutré, la classe bouge, parle, échange, crée, s'amuse, n'est pas toujours d'accord... bref c'est c'est assez bruyant et désordonné.

    Brouille Montessorienne

     

    (pastel sec mis en libre accès = bouillonnement créatif... et salissant.)

     

    Mais revenons à ma phrase d'accroche et mes envies pyromanes sur tour rose. 

    Si vous avez bien suivi, je ne suis pas si remontée que ça contre cette pédagogie, même si elle ne correspond pas tout à fait à ma vision de l'enfant et mon caractère, je garde plein de chose d'elle. Ce n'est pas mon ratage qui est en cause, pas entièrement, mon écœurement viscérale vient de la mode Montessori

    On nous présente de plus en plus cette pédagogie comme LA panacée de l'école maternelle, ce qu'il faut absolument faire, on nous rebat les oreilles d'à quel point c'est magnifique, merveilleux, magique... que c'est THE solution à illettrisme, l'ennui à l'école et la faim dans le monde... et ce en la dénaturant terriblement avec des livrets d'autoévaluation où chaque activité est évaluée et notée conjointement par l'enfant et l'enseignant sur une échelle de 8 couleurs, là où à l'origine les élèves finissaient lecteurs, comptaient à deux cents et savaient additionner, soustraire... on va péniblement conduire les élèves à valider les programmes 2015, c'est à dire pas grand chose.

    On trouve de plus en plus de collègues voulant nous apporter la bonne parole dans les écoles, faisant la morale, se posant en prophètes pédagogiques et s'improvisant formateurs... Le pire c'est quand les parents d'élève s'en mêlent... 

    Bref, je suis dégoûtée par cette mode, et ce battage, comme s'il n'y avait qu'une seule voie pédagogique, qu'il y avait les montessorien (les gentils) et les autres (les méchants). 

    Du coup, moi je dis zut! Fichez-moi la paix avec Montessori!

    ________________________________________________________________________

    Edit 5/07/2016

    C'est les vacances, et pour avoir la paix, je ferme les commentaires sur cet article.

    Bonnes vacances à tous.


  • Mes élèves sont de petites personnes merveilleuses, toutes différentes, toutes uniques. Avec chacune son caractère, ses joies, ses envies, ses goûts, ses passions, son rythme pour grandir un peu chaque jour. Et elles ont rarement envie de toutes faire la même chose en même temps... 

    Dans la gadoue, la gadoue... ou de la liberté à l'école maternelle

    Jeudi 31 mars, instant de classe...

    Pour une fois, je vais m'attarder un peu sur mes choix pédagogiques. (Même si mes choix ne sont pas aussi passionnants que l'assassinat du deuxième groupe en conjugaison...)

    J'ai une classe maternelle allant de la toute petite section à la grande section, de 2 à 6 ans. Vingt-trois enfants en pleine construction d'eux-même. C'est ma septième année en maternelle multiniveaux et j'ai beaucoup cheminé depuis ma première classe de PS-MS il y a dix ans. Selon mes connaissances en pédagogie, les moyens humains et matériel de l'école, mon expérience des enfants, la pression de la hiérarchie, les modes pédagogiques, mes choix furent d'une manière, puis d'une autre avant d'être ce qu'ils sont maintenant et sans savoir encore ce qu'ils seront plus tard. 

    Je pense que pour un oeil extérieur, ma classe c'est une joyeuse pagaille. Si je tente de définir ma pédagogie ce serait un truc du genre Reggio-montessori-classique-machinchouette à base de truc-bidule de récup. 

    (Vi, j'ai l'art de la définition.)

    Ma classe c'est des jeux libres, du dessin libre, des bricolages libres, des plateaux d'activité en choix libre... en classe, en récré, mes élèves ont le choix de faire selon leur humeur et leurs envies la majeur partie du temps.

    De la liberté à l'école maternelle

    Mars

    Trop fun de jouer dans les flaques et de crapougner dans la gadoue.

     

    De la liberté à l'école maternelle

    Janvier

    inauguration du bac à sable de classe offert par papa Noël

     

    De la liberté à l'école maternelleDe la liberté à l'école maternelle

    avril

    étagères de plateaux d'activité : des activités Montessori, des activités libres...

     

    De la liberté à l'école maternelle

    Mars

    matériel en libre accès et tours de tiroirs contenant des matériaux en accès libre

     

    De la liberté à l'école maternelle

    Dînette, poupées, garage, jeux de construction... que l'on aménage, déménage, réaménage au gré des jeux...

    Sinon, beaucoup de projets lancés en regroupement avec des surprises apportées par Sac-à-malice, des chansons (je suis un vrai Jukebox de chansons du patrimoine, c'est-à-dire que je chante faux en boucle des trucs bien ringards... Vous n'aviez pas remarqué qu'il pleuvait beaucoup cette année ? ), des histoires, des albums, des documentaires...

    Cependant, malgré toute cette liberté, reste des moments plus classique : le sport/motricité/mot-à-la-mode-pour-dire-la-même-chose, j'ai aussi un quart d'heure d'atelier dirigé avec chaque groupe chaque matin (qui sert souvent à faire du langage en petit groupe), ils ont aussi un atelier d'art le matin (l'art, c'est ma grande passion), et l'après-midi les GS ont deux ateliers dirigés, les MS un, et les PS ont un atelier de motricité fine. Je n'arrive pas à lâcher prise totalement.

     

    Mais pourquoi cette liberté? 

    Pour que les élèves construisent leurs pensées, réfléchissent, créent, utilisent leur doigts, travaillent ensemble ou tout seul, découvrent le monde qui les entoure, se construisent chacun à leur rythme.

    L'environnement comme professeur. (©Reggio)

    L'esprit absorbant de l'enfant. (©Montessori)

    Car on n'apprend jamais si bien que quand on a envie de le faire, sur le thème que l'on a choisi. (©jesaispasqui-maisjesuissûrquequelqu'unl'adit)

    Mes élèves (et les vôtres) passent beaucoup trop de temps devant un écran, en découle une passivité, un manque de concentration, de curiosité, des problèmes de langage... assez caractéristiques. (il y a plein de publications sur le sujet, Google est votre ami) Ils manquent cruellement d'expériences sensorielles, manuelles, intellectuelles... Pas bouger, pas faire de bruit, être sage, pas se salir, être assis sur le tapis face à la télé... (Oui, Gulli est mon ennemi! Faut que je vous fasse un article à ce sujet.)

    Les petits ont besoin d'explorer, d'expérimenter, découvrir... Même si vous leur interdisez de faire des expériences (comme de jouer dans les flaques), ils le feront quand même, mais dans votre dos, et ça finira mal, et du coup vous vous épuisez à faire la police. (La liberté a du bon, c'est moins fatigant à surveiller.)

    Bref, cette liberté c'est juste laisser les enfants êtres des enfants.

     

    Mais un enfant peut faire éternellement la même activité ?! 

    Bha oui, c'est l'jeu ma pauv'e Lucette.

    S'il s'acharne dans sa monomanie malgré des incitations/invitations à voir autre chose, c'est qu'il construit quelque chose qui nous échappe. Le forcer n'apporterait rien de bon vu qu'il n'est pas disponible pour autre chose que sa monomanie. 

    Oui, j'ai un élève qui a passé des mois à ne faire que du dessin, un autre a brossé la table pendant une semaine, une autre étale avec énergie de la colle pendant des heures... Mais ils finissent toujours par passer à autre chose, posément, librement, en étant allé au bout de leur activité.

     

     

    Mais ils vont se salir!!!

    Bha oui, et alors? 

    De la liberté à l'école maternelle

     

     

    Il y a de l'eau et du savon à l'école (en accès totalement libre), et puis ils ne se salissent pas tant que ça, pas tellement plus que quand on leur interdit de toucher à tout et qu'ils le font dès qu'on a le dos tourné.

    L'hygiène c'est se laver, pas ne pas se salir. wink2

    Et puis, à quoi ça sert d'avoir des vêtements si on ne peut rien faire dedans? (©Petit Bateau)

     

    Mais ça va mettre la pagaille!

    Oui, et alors? 

    De la liberté à l'école maternelle

     

    Il y a a disposition de quoi nettoyer : pelles, balayettes, balai, plumeau, éponges, torchons, poubelles... A la condition de l'exiger et de l'enseigner (le ménage, ce n'est pas inné), les élèves apprennent très vite à ranger et nettoyer leur propre saleté, à mettre à la poubelle papiers et autre matériaux réduits à l'état de déchets... Et, bien sûr, les adultes de la classe les aident et montrent l'exemple.

     

    Mais quelle gâchis de matériel!

    J'ai la chance d'avoir un  budget de classe plutôt confortable et je fonctionne beaucoup sur la récup. La classe consomme une quantité colossale de papier, j'en récupère partout où je peux.

    Et puis, ce n'est que rarement gâché, l'élève apprend, expérimente... c'est bien ça le but, pour ça que j'ai des sous, non?

      

    Mais ils doivent se chamailler en permanence ?!

    Eh bien non. 

    Il y a la règle du quart d'heure (c'est une moyenne, chez les petits ce temps est plus de 5 à 10 minutes), mettez les élèves en jeux libres (avec assez de matériel pour que tous aient quelque chose dans les mains) : 

    -premier quart d'heure : chacun découvre, se décide, joue plus ou moins dans son coin.

    - deuxième quart d'heure : chamailleries et conflits : chacun voit les limites de son jeu, veut celui du voisin, conflit de matériel, d'espace... 

    - troisième quart heure et plus : les jeux s'organisent, des groupes de se forment, on se décide, une dynamique s'installe. 

    De la liberté à l'école maternelle

    Bon, ce ne sont que des temps approximatifs, hein, mais le jeu libre suit en général cette évolutionAlors oui, il va y avoir des conflits, mais passé une phase, il y en aura beaucoup moins, une ambiance de jeu, c'est une dynamique qui se met en place, une machine qui démarre avant de tourner.

    Par contre, il faut qu'il y ai de quoi faire: deux poupées, une mini dînette, un pot de feutres et un circuit voiture... pour vingt (comme je l'ai vu dans certaines écoles) : ça va être la guerre très vite! Les enfants ne peuvent pas s'organiser car il n'y a pas assez pour que tous puissent vraiment jouer en même temps.

     

     Mais ils ont le droit de faire n'importe quoi, c'est l'anarchie !

    Non.

    Il y a une nuance entre la liberté et faire n'importe quoi.

    Déjà il y a la base : ne pas taper, ne pas faire mal, ne pas insulter, ne  pas crier, ne pas dire de gros mots, ne pas détruire... hein, c'est la base de la collectivité. Ma classe n'est pas une zone de non-droit.

    Puis « ma liberté s'arrête ou commence celle d'autrui ». 

    Et puis il y a les règles d'utilisation du matériel : 

    - J'utilise alors je range quand j'ai fini.

    - Je salis alors je nettoie.

    - Je ne prends pas des mains.

    - Je n'ai le droit de prendre qu'une activité qui est rangée à sa place.

    - Je ne marche pas sur les tapis. (Pour s'installer par terre, il y a des petit tapis à disposition.)

    - Je marche en faisant attention aux autres. 

    - J'utilise les activités qui sont sur les plateaux en respectant l'utilisation qui m'a été expliquée.

    - Pour le bac à sable : pas plus de deux enfants, si on fait tomber du sable à côté on nettoie et on change de jeu. (sinon, il y a du sable dans toute la classe et le sol devient une patinoire...)

    - etc.

    Sinon, pendant les temps libres, les élèves utilisent le matériel librement, pas besoin de me demander pour prendre un plateau, aller regarder les livres, prendre des feuilles, des crayons, du scotch, de la colle, pour aller aux toilettes (elles sont attenantes à la classe, et en cas de besoin d'aide, il faut qu'ils préviennent l'atsem avant d'y aller), pour aller se moucher, pour aller prendre de l'eau au robinet, pour se laver les mains, pour aller boire, pour aller fourrer mettre son dessin dans son sac...

    Chacun vit sa vie, s'organise, des groupes se forment, l'entraide s'installe... la classe bouge, respire, bourdonne d'activité : c'est une ruche en plein travail.

     

    Mais ils n'en profitent pas? 

    Profiter pour faire quoi? Jouer au robinet et inonder le sol ? Vider la boîte de mouchoirs ? Voler du matériel? Jouer dans les toilettes? Tout mélanger sur les plateaux ?  Mettre de la colle partout? ... 

    Et bien non, pas vraiment. Ce type d'incident existe mais ils sont rarissimes (cela arrive moins que dans une classe où tout est interdit car il n'y a pas l'attraction de la transgression de l'interdit). J'ai confiance en eux, ils sont beaucoup plus responsables qu'on l'imagine. 

     

    Mais tu as des élèves parfaits dans ta classe!

    Ben non. 

    J'ai des élèves de deux, trois, quatre, cinq, six ans, des élèves avec des troubles du comportement, handicapés avec ou sans AVS, dys-machin ou dystruc, etc. Bref une classe maternelle normale. 

     

    Ce n'est pas toujours triste, ça ne tourne pas toujours rond, parfois c'est épique (hum, le plateau de semoule qui tombe, puis celui d'eau, puis la boîte de perles...), parfois électrique (hum, la pleine lune avant Noël un jour de pluie...), mais ce ne sont que des enfants, ils apprennent, ils sont là pour cela, et moi je suis leur guide.

     

    Mais alors tu t'assois à ton bureau et tu ne fais rien ?!

    Ben non, c'est idiot comme idée.

    Déjà il faut faire respecter les règles de vie et garder un oeil sur les divers espaces de la classe. J'ai certes confiance en eux mais je ne suis pas naïve et idiote, l'air de rien, je surveille.

    Ensuite, je propose et présente les plateaux individuellement.

    J'observe les activités et les élèves, pour voir où ils en sont des apprentissages, ce qui les intéresse...

    Parfois je joue avec eux, lis un livre avec un groupe, chante une chanson à d'autre.

    Je répare, ré-approvisionne, aide...

    Je prends aussi beaucoup de photos pour mettre dans les cahiers de vie.

    Et surtout je suis le grand Manitou. Certes l'environnement est un professeur, mais c'est moi qui crée cet environnement en fonction de mes observations, de mon but, de l'ambiance de la classe... 

    Je n'ai pas une minute à moi!

     

    Et les programmes ?

    Eh bien, je suis le grand Manitou, j'ai aussi un peu de bouteille du coup je sais où je vais, ce que je veux, alors j'organise l'environnement pour favoriser tel ou tel aspect des apprentissages, encourage les élèves dans telle ou telle activité.

    Selon les nouveaux programmes de la maternelle, mes élèves ont bouclé les attendus de leur classe d'âge depuis un mois environ... 

    Ben vi, la liberté ça a du bon, on n'apprend jamais aussi bien que quand on est prêt et qu'on veut le faire.

     

    Mais comment tu les évalues?

    Facile : je ne les évalue pas. 

    Pas de livret d'évaluation de cinquante pages en huit nuances d'étoile dans ma classe, ni remplit pas moi et ni par les enfants. Mes élèves ont mieux à faire que de se situer pluri-quotidiennement dans leurs apprentissages et par rapport aux autres, ils travaillent ardemment à grandir.

    C'est déjà bien assez.

    Je suis un guide, pas un gendarme qui établit des PV, ni un juge qui sanctionne.

     

    Mais alors c'est une garderie!

    Ben non. J'enseigne et mes élèves apprennent.

    J'observe mes élèves, je sais où ils en sont, ce qu'ils font, leurs points forts, leurs faiblesses... de là je crée, propose, construis, organise dans le but que mes élèves maîtrisent les compétences des programmes... entre autre.

    Et puis si jeu = garderie, école = ?   

     

    Et les parents?

    Très peu de retour en fait, mais aucune critique sur mes méthodes ne m'a été remontée. Certains sont un peu perdus, surtout s'ils ont eu des aînés passés dans une classe traditionnelle avec fiches et ateliers tournants, mais ils avouent voir leur enfant évoluer et apprendre, c'est le plus important.

     

    Et les collègues ?

    Je n'ai pas de collègue de maternelle. Les collègues d'élémentaires se mêlent peu de ma pédagogie, je les adore pour cela! 

     

    Et l'inspection ? 

    J'évite de parler de mes choix et de mon organisation qui ne sont pas du tout dans l'air du temps. (Nous sommes dans l'air de l'hyper-contrôle et de l'évaluationnite aiguë. On se fiche de ce que l'on fait, il faut évaluer, contrôler, lister, classer...)

     

    Et l'ATSEM ?

    Alors il faut vraiment bien présenter le concept et être très pédagogue, car c'est déstabilisant pour elle, la classe se salit vitesse grand V, il y a cette impression de pagaille et d'anarchie, il faut accepter de laisser faire et de ne pas tout contrôler.  

    Dur dur à faire accepter, à faire respecter.

     

    Mon bilan actuel 

    Mes élèves sont autonomes, curieux, actifs, maîtrisent les compétences des programmes. Ils ont le sourire et semblent heureux de venir à l'école.

    Bref, d'après moi, ça roule.

     he

     

     


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  • En quelques mois, j'ai eu la grippe, deux gastros, trois bronchites, quatre sinusites, cinq rhino-pharyngites, des poux, et un nombre incalculable de rhumes... J'ai le numéro du médecin en favori dans mon téléphone et la pharmacien hésite à m'offrir une carte de fidélité... 

    La maternelle, c'est un nid à microbes! Morve, éternuement, toux, bave, vomis, pipi, caca... on a droit à tout l'éventail des trucs cracras et hautement contagieux. (Ne faites pas vos vierges effarouchées, oui, la maternelle, c'est cracra!)

    J'ai donc décidé à prendre le taureau par les cornes et de sensibiliser mes élèves aux microbes et à l'hygiène de base!

    1- Les mains!

    A la question "Pourquoi faut-il se laver les mains?", mes élèves n'ont pas su répondre, ou tout juste un "car elles sont sales" bien solitaire dans un coin. 

    Etape 1 : faire voir les microbes.

    Pour faire voir les microbes qui sont sur les mains, il faut les cultiver un peu. Pour ça, rien ne vaut un morceau de pain de mie. 

    Le pain, c'est typiquement le truc qu'on mange avec les doigts, donc si on a les mains sales, on mange les saletés de nos mains. Pour faire voir ce que l'on mange si on mange avec les mains sales, on prend un tranche de pain de mie comme pour se faire une tartine et on demande aux élèves de se frotter les mains (sales) sur la tartine, on met dans un sachet plastique et on met ça dans un coin chaud et sombre.

    Résultat en une semaine : 

    Microbes! Des bons microbes! Qui veut des microbes?

     

    Beeeeeuuuuuuuuuuuuuuuuuuuurrrrrrrkkkkkkk!!!!! (oui, c'est impressionnant quand même!)

    On fait la même chose avec les mains soigneusement lavées au savon. 

    Une semaine après : 

    Microbes! Des bons microbes! Qui veut des microbes?

     

    Quelques tâches de moisi, mais par rapport à l'autre, il y a quand même un monde.

    Et bien sûr on n'oublie pas la tartine témoin à laquelle personne n'a touché.

    Une semaine après : 

    Microbes! Des bons microbes! Qui veut des microbes? 

    La date de péremption n'est même pas passée, il est impeccable.

     

    Cette petite expérience est assez visuelle et impressionnante, elle a bien sensibilisé mes élèves sur la présence de microbes invisibles sur leurs mains. 

    Et puis, quand ils mettent n'importe quoi dans leur bouche ou ne veulent pas se laver les mains avant la cantine, suffit de leur rappeler la tartine moisie... c'est très efficace.

     

    Etape 2 : D'où viennent ces microbes?

     Là on va devoir les rendre visibles. On fait de faux microbes avec des paillettes très fines et du gel hydroalcoolique pour les mains. (Le gel hydroalcoolique a une texture qui s'étale bien, sèche vite et reste légèrement collante).

    On étale une bonne couche de gel+paillettes sur les mains :

    Microbes! Des bons microbes! Qui veut des microbes? 

    Puis on serre la main d'un élève, qui serre la main d'un autre... on touche divers objets (crayons, jouets, chaises.) que l'on passe entre enfants... En un rien de temps, à partir d'une seule personne aux mains sales, toute la classe est contaminée, mains, visages, vêtements... il y en a partout!!!

    Etape 3 : lavage!!!!

    Là, j'ai repris mon gel hydroalcoolique pailletés.  Quand il est sec, si on passe juste les mains sous l'eau, même en frottant un peu, il reste des paillettes! Il faut savonner sérieusement et bien rincer pour se débarrasser le ces décorations scintillantes. 

    J'ai pris les élèves par petit groupe, en les faisant passer un par un au robinet, pour surveiller/expliquer le savonnage, le rinçage et l'essuyage. (Je sous-estimais très fortement la proportion d'enfants ne sachant pas du tout se laver les mains.)

     

    2- Atchoum!

    Je ne sais pas vous, mais moi, mes élèves, ils "adorent" me tousser ou m'éternuer à la figure (surtout quand j'attache leur manteau! Grrrrr!!!) Bien peu on appris ne serait-ce qu'à mettre leur main devant leur bouche.

    Pour sensibiliser aux soucis des postillons, il suffit de prendre une salière et de la fécule de maïs (Maïzéna).  On remplit la salière de fécule. 

    On annonce que le pot est rempli de faux microbes, on prend la salière que l'on place au niveau de sa bouche et on fait semblant d'éternuer ou de tousser. Quand on tousse ou éternue, on secoue d'un ou plusieurs coups secs la salière de fécule, ce qui envoie de magnifiques gerbes blanches sur tout ce qui se trouve devant... Il y a des points blancs sur le sol, les meubles, les vêtements... 

    "Vous venez d'attraper tous mes microbes!"

    Après, on fait voir ce qui se passe quand on tousse/éternue dans sa main = on a la main pleine de microbes et il faut vite se laver les mains sinon on va en mettre partout!

    Pour finir, on fait ça bien comme il faut dans son coude, là, les microbes on ne les donnera pas aux autres. 

    ------ ------ -----

    Ben vous savez quoi, en une semaine les élèves ont bien amélioré leur hygiène des mains et le taux de nez qui coulent a drastiquement diminué. 

    Relation de cause à effet? sarcastic

     

     

     

     


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  • Au-revoir le CM2, bienvenue la classe unique de maternelle.

    Qui dit changement de niveau, dit création de nouveaux outils. Je vous présente Sac-à-Malice!

    Sac-à-Malice, la mascotte fourre-tout...

    Techniquement c'est juste un très grand sac à bandoulière (fait maison) avec des yeux et des dents, mais en classe il sert à plein de choses. 

     

    1- Le rangement de la classe

    Sac-à-Malice est très vorace, il mange tout ce qui traîne et n'est pas rangé, donc quand les élèves rangent après les activités et les jeux, s'il reste quelque chose qui traîne, il le mange et après il faut attendre plus d'une semaine pour le récupérer. 

    C'est très efficace, les élèves ne laissent rien traîner. Par contre au début, ils se demandaient si Sac-à-Malice pouvait les manger, il a donc fallu que je précise qu'il ne mangeait pas les enfants.

     

    2- Transport

    Sac-à-Malice est très grand, on peut y mettre tout le bazar dont on a besoin en maternelle quand on se déplace (je ne sais pas vous, mais pour moi en maternelle les déplacements sont de vrai déménagements :  liste d'urgence des élèves, boîte de mouchoirs, changes, gobelets, trousse à pharmacie...)

    Il y a toujours un élève qui veut le porter et on ne l'oublie jamais. (Il a un côté mascotte très efficace.)

     

    3-Apporter des choses en classe

    Tous les mercredis, Sac-à-Malice attend sur ma chaise au coin regroupement, le ventre plein de quelque chose qu'il aurait mangé ailleurs et nous aurait rapporté.

    Il y a tout un rituel pour l'ouvrir  et on découvre ensuite ce qu'il nous a apporté. 

    Soit ce sont des matériaux bruts, alors on réfléchit à ce que l'on va pouvoir faire avec.

    Soit le contenu a une utilisation précise, alors il y a une lettre pour nous expliquer ce qu'il faut faire. 

    Depuis septembre il nous a apporté des paquets de photo, un grand paquet de vieux journaux, du matériel pour faire du papier recyclé, des plumes de paon, des bulbes avec des pots et du terreau, de l'ail/oignons/échalotes, des bogues de châtaignes, les ingrédients de la pâte à sel, de quoi faire des savons parfumés, de la paille, du bois et des morceaux de brique...

    Nous passons une partie de la matinée à découvrir les matériaux et (s'il y en a) à suivre les instructions donnés par Sac-à-Malice.  Pendant cette activité, je prends plein de photos et les jours suivants nous faisons des affiches (gros travail de langage pour faire les légendes) et/ou pour les plus petits, on ajoute des pages à leur album écho.

     

    4- Apprendre l'alphabet

    Suite à la lecture de l'album "Le monstre du tableau" avec les GS.

    Sac-à-Malice, la mascotte fourre-tout

    Nous avons découvert que Sac-à-Malice faisait partie de la famille des monstres de tableau, et qu'il fallait donc le nourrir convenablement avec des lettres de l'alphabet.  Pour cela j'ai fabriqué un sac d'aliment spécial Monstre de tableau : 

    Sac-à-Malice, la mascotte fourre-tout

    Rempli de biscuits-lettre en pâte à sel.

    Sac-à-Malice, la mascotte fourre-tout

     

    Tous les matins, les GS tirent au sort un biscuit chacun, donnent le nom de la lettre, la montrent au reste de la classe et la met dans Sac-à-Malice. J'écris sur le tableau les lettres que Sac-à-Malice a mangé, on les répète...

     

    Pour le moment, il n'y a qu'un paquet en lettres d'imprimerie, mais il y aura aussi un paquet de minuscules scriptes, un de lettres cursives et pour finir un paquet d'aliment complet mélangeant toutes les écritures. 

     

    ------------------------------------------------

     

    Voilà, voilà, je suis sûre que je vais trouver d'autres utilisations. 

    Comme quoi, avec juste un sac, on en fait des choses. he


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