• Vite, vite, la page du fichier de lecture...
    Vite, vite, la page du fichier de maths...
    Vite, vite, une fiche de phono...
    Vite, vite, une fiche de numération...
    Vite, vite, une fiche d'écriture...
    Vite, vite, une fiche pour l'aide mémoire de maths...
    Vite, vite, une fiche pour le cahier de lecture,
    vite, vite, un mandala, une grille de mots-mêlés, un coloriage magique pour l'autonomie...
    Les piles s'entassent, les ramettes se volatilisent...
    Venir à 7h30 à l'école pour espérer être la première devant la photocopieuse, rester tard le soir ou revenir le dimanche pour profiter de la photocopieuse en solitaire, hurler contre les bourrages papier, pleurer lors des pannes...

    STOP!

    trop de photocopies

    Et si on faisait sans fiche et sans photocopie?

    mais pas sans écrire! 

     

    si si, même en CP.

    Vous êtes vous posés la question de pourquoi on utilise la moitié de la forêt amazonienne en CP? 


    Bon, en général, cette question n'est en rien une réflexion sur sa pédagogie, on se pose cette question quand il n'y a plus de papier repro dès le mois de mars, ou quand le photocopieur est en panne ou, pire, quand la mairie installe un quota de copie très bas et ne donne pas le budget permettant l'achat de fichiers.


    On fait remplir et remplir des fiches, encore et encore. On court après les pages du fichiers car au prix que ça coûte on ne veut pas gaspiller et puis les parents râlent s'ils voient des pages non faites. Une IEN appelait cette folie de la fiche et de la photocopie du "Stakhanovisme scolaire", l'abondance de feuilles donnant l'impression de beaucoup faire travailler les élèves.

     

     


    Mais comment faisait-on avant ?

    Ben oui, la photocopieuse est une invention des années 1970, qui s'est démocratisée dans les écoles dans les années 90. Donc il y a un passé pas si lointain où on faisait sans copieurs, et les fichiers étaient encore rares. 
    Bon, certes, on avait les ronéotypes (duplicateur à alcool), avec leur couleur bleutée, et l'odeur si caractéristique d'alcool éthylique (punaise, que de souvenirs à snifer les feuilles encore humides que distribuait le maître ... tout un pan de mon enfance... ne faites pas ces yeux choqués, si vous étiez à l'école avant les années 90, vous l'avez fait aussi, hein...)

     

      

    Mais bon, faire une série de copie sur ronéo c'est quand même une autre paire de manches que de faire une photocopie : entre la préparation de l'original avec le papier carbone, la préparation de la machine, les vapeurs de solvant, tourner la manivelle... on est loin du «je pose le doc que je veux sur la vitre de la photocopieuse, je tape le nombre que j'en veux et j'appuie sur le bouton».

    Bref, il y a un avant la photocopieuse où on comptait chaque copie, et il y a des époques plus lointaines où les fichiers étaient rares, même en CP. 
    Mais comment faisaient-ils? 
    Ben tout simplement : ils les faisaient écrire. 

     

    Des photocopies pour qui? Pour Quoi?

    Il y a des copies obligatoires : documents officiels, mots aux parents... celles-là vous n'aurez pas le choix, il faut les faire. 

    Il y a les copies qu'on n'a pas le choix car pas de manuel (la lecture par exemple...)

    Il y a les copies d'exos, celles que l'on juge indispensables et celles pour l'autonomie, pour que les élèves nous laissent tranquille pendant qu'on est avec un groupe, pour quand ils ont fini...


    Et puis il y a celles que l'on fait sans réfléchir à pourquoi on les fait. Sérieusement pour qui est la leçon dans le cahier aide mémoire? Pour l'élève ou pour montrer aux parents/IEN que l'on travaille? Pareil en questionner  le monde : Pour qui est cette trace écrite? 



    Sans fiche mais pas sans écrit!

    Car oui, la mode est au sans fichier, mais souvent c'est soit pour les remplacer par des photocopies (du coup, c'est kif-kif au fichier) ou, si on regarde une méthode de maths sans fichier très à la mode, c'est quasiment sans passage à l'écrit. Ou comme le recherche cette enseignante sur les forums : «J'aimerais que les éleves de ma classe passent 95% du temps à manipuler en Français, Mathématiques, Histoire, Géographie, Science et 5% du temps à écrire en lien avec ce qu'ils ont manipulé»

    Pourtant écrire c'est important, cela aide à mémoriser, à fixer les apprentissages, c'est même dans les programmes.
    Donc si on veut faire sans fichier et sans photocopie il reste... le cahier, le bête cahier. 

    Si si, dès le début du CP.
    Si si, c'est possible.

    Exemple de cahier CP en octobre :

    cahier CP octobre


    En novembre: 

    cahier CP novembre 

    Adieu fiches, fichiers, photocopies....

     

    En décembre : 

    Adieu fiches, fichiers, photocopies....

     

     

    En février : 

    cahier CP février

     

    Bien évidement, Rome ne s'est pas faite en un jour, et au début on colle encore pas mal de bout de feuille et surtout je passe beaucoup de temps à préparer les cahiers : écrire la date, faire des points de repère pour que les élèves sachent où écrire, où coller, puis, peu à peu ils apprennent à préparer leur cahier eux-même. 

    J'ai un vidéoprojecteur alors je projette au tableau une page de cahier (avant je devais reproduire le lignage au tableau, c'était plus de boulot). Je leur montre où ils doivent écrire, je fais tout avec eux, point, soulignage, écriture des exos... Ils font un point, je vérifie. Ils écrivent un calcul, je vérifie... et après quelques mois, ils savent quasiment gérer seul!


    Apprendre à utiliser le cahier, à copier depuis le tableau fait autant parti du travail demandé que la notion travaillée. 

    Patience, longueur de temps, toussa toussa... 

     

    Le choix des exos

    Je prends mes exos dans les fichiers et je les copie au tableau. 
    Il est tout à fait possible de faire copier la frise numérique à compléter, ou des phrases où on doit ensuite dire si elles sont vraies ou fausses... Beaucoup de choses sont recopiables!



    Et dans les autres matières?

    Là, réfléchissez à pourquoi la fiche :  pour quoi? pour qui? 

    J'ai un cahier "fourre-tout" séparé en parties. C'est un cahier de travaux pratiques 96 pages.
    Les élèves dessinent, schématisent... sur la page blanche, la trace écrite est collée sur la page de droite, écrite sur petit format, car au final, ce n'est pas l'élève qui la lira mais un adulte, vu qu'elle sert de preuve qu'on a travaillé... On limite ainsi les copies.

    Quels cahiers? 

    J'utilise des cahiers seyes 17/22cm, 32 ou 48 pages.
    Je commence sur le seyes 3mm, puis on passe au seyes 2,5mm et en mars on commence à passer au seyes normal.

    J'ai plusieurs cahiers où les élèves travaillent : 

    - Un cahier d'écriture

    - Un cahier du jour

    - Un cahier pour le reste (96 pages travaux pratiques)

    - un cahier de chant/poésie (travaux pratiques)

    J'ai séparé cahier du jour et cahier d'écriture car cela me permet de préparer les modèles d'écritures dès que j'ai le temps sans me poser la question de prévoir ou pas de la place pour les exos. Cela évite aussi d'être gêné quand on écrit par des sur-épaisseurs quand on a collé des feuilles.
    Je travaille aussi sur cahier ayant maximum 48 pages en CP, car cela permet d'avoir régulièrement un cahier neuf et donc propre, de ne pas rester avec un cahier pas super glop, cela leur permet de s'améliorer je trouve. 
    Début Mars, mes CP terminaient leur 2e cahier d'écriture et attaquaient leur 5e cahier du jour.

    Ils ont aussi un cahier aide mémoire, qui est un cahier blanc 24*32 coupé en 2, où  d'un côté on colle des vignettes avec les gestes Borel-Maisonny et l'écriture du graphème, l'élève dessine l'image associé au graphème. De l'autre côté ils ont écrit les tables d'addition au fur et à mesure qu'on les a constituées...
    Ils ont aussi un cahier de texte et un cahier de liaison...

     

    Manipulation ou travail écrit? 

    Les deux mon capitaine!
    Mes élèves manipulent beaucoup mais écrivent beaucoup aussi, les deux vont de paire. Il est aussi inefficace de manipuler sans écrire que d'écrire sans avoir manipulé.
    Après, cela dépend des matières. Il y a des matières où on se passe facilement d'écrit...

    Et l'autonomie?

    Mes élèves ont un cahier de dessin/graphisme. Au début de l'année, je donne un thème par jour, et quand ils ont le temps (ou que je dois travailler avec un groupe) ils doivent dessiner dedans. 
    Il y a aussi dans ma classe pas mal d'activités libres : pâte à modeler, pastel, peinture, pochoirs et gabarits, bibliothèque, jeux de constructions, jeux maths, matériel Montessori, coin écoute... Parfois je donne des consignes, parfois c'est libre.

    Ben c'est largement suffisant. Ils ne vont pas passer leur journée dans leur chaise à remplir des fiches!

    Ils ont 6 ans! 


    (vi vi vi, ce n'est pas très bien rangé dans ma classe... no)


     

    Bilan

    Je fonctionne en low-fiche/copie depuis des années et je trouve le niveau meilleur et les apprentissages plus stables en travaillant sans fiche, directement sur cahier. Et puis avec l'entrainement, ils sont capables d'écrire beaucoup, rapidement (enfin, rapidement pour des CP, hein, c'est pas des CM! sarcastic ) et ils ne rechignent pas à la tâche, pour eux, c'est normal d'écrire dans le cahier.

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  • Donc cette année, je fais un retour en CP (enfin, en CP-CE1), et qui dit CP dit apprentissage de la lecture... 
    J'utilise une méthode de lecture synthétique (syllabique) : où on part du graphème et on on l'assemble au graphème déjà connu... Précisément j'utilise "Léo et Léa". C'est la 6e année que j'utilise cette méthode, mais je l'améliore un peu, pour la rendre plus dynamique. J'essaie d'être le plus multisensoriel possible, car plus le cerveau est stimulé par des canaux différents, mieux il retient.

    1- Canal Visuel et auditif

    C'est la base, hein, vu que lire c'est faire le lien entre symbole graphique et langage oral... 


    La méthode utilise un code couleur : voyelle en rouge, consonne en bleue, lettre muette en gris... 

    Pour travailler le lien symbole écrit et langage oral, mes élèves n'ont pas le droit de lire dans leur tête, ils doivent absolument s'écouter lire, et donc oraliser systématiquement leur lecture. Pour éviter le brouhaha d'avoir 14 CP à lire à haute voix en même temps les élèves utilisent des chuchoteurs. 

    phonic phone

    C'est un tube acoustique qui s'utilise comme un téléphone, on parle dedans et le son est conduit sans parasite jusqu'à l'oreille, donc on parle moins fort et on est moins dérangé par le bruit des autres.
    (Mon article sur le sujet : les phonics-phones/chuchoteurs)

     

    2- Canal haptique

    Les élèves tracent avec le doigt la lettre en l'associant au son sur divers support : sable, lettre rugueuse... Comme en pédagogie Montessori.

     

    3-Canal du mouvement

     J'utilise les gestes Borel Maisonny en classe et la "lecture avec les pieds/marelle de lecture" en APC. 

    Les gestes Borel Maisonny sont des gestes où l'on associe une geste des mains/bras/visage avec un son. 

    La lecture avec les pieds, c'est au lieu de lire au tableau ou sur une page posée sur la table, on écrit sur le sol et l'élève saute d'une lettre à l'autre, d'une syllabe à l'autre, d'un mot à l'autre en prononçant ce qui est écrit. 

     

    4-Canal olfactif/gustatif

    Je me suis inspirée du travail de MaîtresseEuh : Mémoire CAPA-SH Option E - Approche multisensorielle de la lecture

    Je parfume du papier avec des arômes alimentaires (les arômes pour cigarette électronique font parfaitement l'affaire, ce sont des arômes alimentaires + PEG), et à chaque nouveau graphème étudié, on découvre l'odeur de ce graphème, on tente de deviner ce que c'est, puis on découvre ce que c'est, on le goutte si on peut, on le dessine dans le carnet de lecture, on écrit plusieurs fois le graphème sur le papier parfumé...

    Il y a cependant une condition importante à respecter : vérifier les allergies dans la classe...

     

    Bilan

    Mes élèves ont bien accroché et sont lecteurs... Que demander de plus? 

     

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  • Suite à une fermeture de classe dans mon école j'ai du participer au mouvement... Je quitte la maternelle à la campagne pour un CP-CE1 en  ville.

    En route pour de nouvelles aventures!

    Bougeons avec l'Education Nationale...

     

     

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  • Alors que je faisais du ménage, tri, rangement dans ma bibliothèque professionnelle avant une longue période sans école (un an quand même), je me suis dit : "Tiens, si je partageais quelques idées de lecture qui changent du mainstream d'animation péda, de la mode Montessori dont on nous gave sur les forums et blogs et de la propagande de l'ICEM des salons pédagogiques et mailling reçu dans les écoles...."

    Car oui, il y a d'autres sources pour nourrir sa pratique de classe et sa réflexion, nous ne sommes pas condamnés aux Oralbums, à la tour rose et aux plans de travail... (Moi? réductrice? non, pas du tout! clown )

     

    EDIT (15/08)

    Je précise que je ne suis pas forcément d'accord avec la totalité des propos contenus dans les livres que je cite. Comme dans toute lecture, il faut garder son esprit critique et faire le tri.

     

     

    1- « Apprentissage du Langage oral à l'école maternelle pour une pédagogie de l'écoute » de Pierre Péroz, Canopé éditions. 

    pédagogie de l'écoute

    Zaubette a écrit un très bon article présentant cette pédagogie du langage oral à la maternelle, je ne vais donc pas me lancer dans les explications et vous renvoyer vers son article : 

    http://www.zaubette.fr/une-pedagogie-de-l-ecoute-en-langage-maternelle-a118398350

     

    Je l'utilise depuis deux ans en classe, et c'est vraiment très efficace. 

    Je complète avec le principe des Living-books (pour le choix des livres à lire) et de la narration (pour les plus grands, à partir du milieu de la GS) tirés de la pédagogie de Charlotte Mason (google est votre ami wink2 ). 

     

    2- La pédagogie Reggio Emilia

    «Bringing the Reggio Approach to Your Early Years Practice» , L. Thornton & P. Brunton, Editions David Fulton Book

    Reggio

    «The hundred languages of Children» C. Edward, L. Gandini, G. Forman, Editions Praeger

    Reggio

     

     

    Oui, c'est en anglais, il n'y a pas de livre en français sur cette merveilleuse pédagogie, mais on trouve pas mal de blogs qui en parlent car c'est très à la mode en IEF (alors que, techniquement, ce n'est pas du tout fait pour l'instruction en famille car le groupe d'enfants y est un fondamental...)

    Pour en savoir un peu plus sur cette pédagogie avant d'attaquer ces lectures : sur wiki , présentation sous forme de PDF... et google est votre ami. 

     

    3- «Libérons la créativité de nos enfants», Marie Gervais, Editions de la Martinière

    quelques livres pour la maternelle

    Ce livre n'est pas destiné aux enseignants mais aux parents, mais peu importe, c'est une véritable mine d'or d'activités, d'aménagement, d'idée de matériel en art plastique, musique, bricolage, la cuisine... 

     

    4- «Le jeu de peindre» Arno Stern, Editions Actes Sud

    quelques livres pour la maternelle

    Alors là non plus ce n'est pas destiné du tout aux enseignants, Arno Stern étant contre l'école et la scolarisation des enfants. Cependant cet ouvrage présente sa méthode d'expression via la peinture libre (la formulation) : condition matériel, organisation, observation de l'évolution des pratiquants... c'est passionnant. J'ai tenté cette approche en classe par des ateliers reprenant les grandes lignes  du jeu de peindre et j'ai été bluffée par ce que font les enfants après quelques séances.

     

    Je précise sinon, que je ne suis pas du tout d'accord avec beaucoup des propos de l'auteur (normal, c'est un antiécole), il y a du tri à faire. 

    5- «Rimes et comptines, une autre voix» Evelyne Resmond-Wenz, Erès éditions, collection 1001BB

     

    quelques livres pour la maternelle

    Livre destiné aux professionnels de la petite enfance (crèche, assistante maternelle...) et aux parents d'enfant en bas âge... bref, c'est pour les bébés et enfants avant la maternelle, mais quelle importance? Nos élèves sont encore bien petits quand ils arrivent dans nos classes. Ce petit livre présente les différentes sortes de comptines, leur historique, leur évolution, leur intérêt pour les enfants... Ça change du "il faut apprendre dix poésies et comptines par an" sans explication.

     

    6- «Les livres, c'est bon pour les bébés» Marie Bonnafé, Editions Pluriel

    quelques livres pour la maternelle

     

    On reste dans les publications à destination des assistantes maternelles, du personnel de crèche et des parents, mais cela montre une autre approche du livre pour nos petits que celle habituelle en école et en plus ce livre fournit une bibliographie de livres/albums  très riche et triée par genre.

     

    7- «De l'enfant roi à l'enfant tyran» Didier Pleux, éditions Odile Jacob

    quelques livres pour la maternelle

     

    Là aussi, ce n'est pas destiné aux enseignants et pas tellement sur les enfants de moins de 6 ans, mais certaines de nos réactions d'enseignant face à un certain type d'enfant y sont épinglées et nous montre comment inconsciemment nous empirons la situation.

    8- «TV Lobotomie» Michel Desmurget, Editions J'ai Lu

    quelques livres pour la maternelle

     

    Juste pour savoir pourquoi les écrans ne devraient JAMAIS franchir le seuil d'une classe maternelle. 

     

    9- «Manuel pratique des jardins d'enfants de Frédéric Froebel : à l'usage des institutrices et des mères de famille..." J.-F. Jacobs, F. Claassen libraire-éditeur (1859)

     

    quelques livres pour la maternelle

    Car la mode est de ressortir les vieilles pédagogies en disant que c'est hyper innovant (car Montessori, c'est tout sauf du neuf, hein, soyons sérieux), je suis remontée encore plus loin, avant Maria Montessori, avant Pauline Kergomard, je suis remontée jusqu'à Frédéric Froëbel, au début du XIXe siècle. 

    Personnellement, j'ai acheté (sur Amazon) une impression à la demande du livre numérisé, mais cet ouvrage est disponible gratuitement sur googlebook: J_F_Jacobs_Manuel_pratique_des_jardins_d_enfants_

    Une petite précision, le livre n'est pas de F. Froëbel lui même mais d'une de ses disciples et publié 10 ans après la mort de Froëbel. Les livres de Froëbel sont introuvables en français. 

    Il faut aussi remettre cette pédagogie dans un contexte et une époque quand on le lit. Nous sommes à une époque où la majorité de la population ne sait ni lire ni écrire, où les enfants travaillent aux champs ou dans les ateliers dès le plus jeune âge. Promouvoir l'instruction pour tous dès le plus jeune âge, éduquer les mères pour qu'elles instruisent leurs enfants, c'était révolutionnaire à cette époque.  Lors de la lecture de la préface et de l'intro, il faut garder à l'esprit l'époque à laquelle cela a été écrit. 

    Le livre se divise en trois parties, d'abords un large extrait du livre "les causeries de la mère" de Froëbel.

    quelques livres pour la maternelle

    Cette partie présente les activités de langage que doit mener la mère avant la "scolarisation" (avant 4 ans) : enrichissement du langage et des connaissances du monde via le dialogue autour d'images, des situation quotidiennes, et des chants. 

    Ensuite on nous présente les différents dons de Froëbel : un ensemble de  matériel numéroté et progressif. Ce matériel est toujours fabriqué en Allemagne sous le nom de "spielgaben" 

    quelques livres pour la maternelle 

    Site du fabricant : https://spielgaben.com/spielgaben-toy/ (eh oui, ce joli ensemble vaut la bagatelle de 400€)  

    Contrairement à son apparence, ce n'est pas juste un très onéreux jeu de construction. Il y a toute une série d'activités précises à faire faire avec et qui travaillent la géométrie (la géométrie était à l'époque la science reine), la logique, l'arithmétique, le langage... Toutes les activités ne concernent pas les enfants d'âge de l'école maternelle, ce matériel a été mis au point pour des enfants de 4 à 12 ans...

    Pour finir, le livre parle des occupations manuelles: découpage, pliage, tissage, piquage, dessin au trait, entrelacement... 

    C'est une lecture très enrichissante et pas mal dépaysante tellement c'est loin de ce que l'on croit pouvoir attendre d'un enfant actuellement. 

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    Voili, c'était juste un peu de lecture pour s'ouvrir un peu sur autre chose dans nos classes et y faire rentrer un peu d'air.

     

     

     

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  • Mes élèves sont de petites personnes merveilleuses, toutes différentes, toutes uniques. Avec chacune son caractère, ses joies, ses envies, ses goûts, ses passions, son rythme pour grandir un peu chaque jour. Et elles ont rarement envie de toutes faire la même chose en même temps... 

    Dans la gadoue, la gadoue... ou de la liberté à l'école maternelle

    Jeudi 31 mars, instant de classe...

    Pour une fois, je vais m'attarder un peu sur mes choix pédagogiques. (Même si mes choix ne sont pas aussi passionnants que l'assassinat du deuxième groupe en conjugaison...)

    J'ai une classe maternelle allant de la toute petite section à la grande section, de 2 à 6 ans. Vingt-trois enfants en pleine construction d'eux-même. C'est ma septième année en maternelle multiniveaux et j'ai beaucoup cheminé depuis ma première classe de PS-MS il y a dix ans. Selon mes connaissances en pédagogie, les moyens humains et matériel de l'école, mon expérience des enfants, la pression de la hiérarchie, les modes pédagogiques, mes choix furent d'une manière, puis d'une autre avant d'être ce qu'ils sont maintenant et sans savoir encore ce qu'ils seront plus tard. 

    Je pense que pour un oeil extérieur, ma classe c'est une joyeuse pagaille. Si je tente de définir ma pédagogie ce serait un truc du genre Reggio-montessori-classique-machinchouette à base de truc-bidule de récup. 

    (Vi, j'ai l'art de la définition.)

    Ma classe c'est des jeux libres, du dessin libre, des bricolages libres, des plateaux d'activité en choix libre... en classe, en récré, mes élèves ont le choix de faire selon leur humeur et leurs envies la majeur partie du temps.

    De la liberté à l'école maternelle

    Mars

    Trop fun de jouer dans les flaques et de crapougner dans la gadoue.

     

    De la liberté à l'école maternelle

    Janvier

    inauguration du bac à sable de classe offert par papa Noël

     

    De la liberté à l'école maternelleDe la liberté à l'école maternelle

    avril

    étagères de plateaux d'activité : des activités Montessori, des activités libres...

     

    De la liberté à l'école maternelle

    Mars

    matériel en libre accès et tours de tiroirs contenant des matériaux en accès libre

     

    De la liberté à l'école maternelle

    Dînette, poupées, garage, jeux de construction... que l'on aménage, déménage, réaménage au gré des jeux...

    Sinon, beaucoup de projets lancés en regroupement avec des surprises apportées par Sac-à-malice, des chansons (je suis un vrai Jukebox de chansons du patrimoine, c'est-à-dire que je chante faux en boucle des trucs bien ringards... Vous n'aviez pas remarqué qu'il pleuvait beaucoup cette année ? ), des histoires, des albums, des documentaires...

    Cependant, malgré toute cette liberté, reste des moments plus classique : le sport/motricité/mot-à-la-mode-pour-dire-la-même-chose, j'ai aussi un quart d'heure d'atelier dirigé avec chaque groupe chaque matin (qui sert souvent à faire du langage en petit groupe), ils ont aussi un atelier d'art le matin (l'art, c'est ma grande passion), et l'après-midi les GS ont deux ateliers dirigés, les MS un, et les PS ont un atelier de motricité fine. Je n'arrive pas à lâcher prise totalement.

     

    Mais pourquoi cette liberté? 

    Pour que les élèves construisent leurs pensées, réfléchissent, créent, utilisent leur doigts, travaillent ensemble ou tout seul, découvrent le monde qui les entoure, se construisent chacun à leur rythme.

    L'environnement comme professeur. (©Reggio)

    L'esprit absorbant de l'enfant. (©Montessori)

    Car on n'apprend jamais si bien que quand on a envie de le faire, sur le thème que l'on a choisi. (©jesaispasqui-maisjesuissûrquequelqu'unl'adit)

    Mes élèves (et les vôtres) passent beaucoup trop de temps devant un écran, en découle une passivité, un manque de concentration, de curiosité, des problèmes de langage... assez caractéristiques. (il y a plein de publications sur le sujet, Google est votre ami) Ils manquent cruellement d'expériences sensorielles, manuelles, intellectuelles... Pas bouger, pas faire de bruit, être sage, pas se salir, être assis sur le tapis face à la télé... (Oui, Gulli est mon ennemi! Faut que je vous fasse un article à ce sujet.)

    Les petits ont besoin d'explorer, d'expérimenter, découvrir... Même si vous leur interdisez de faire des expériences (comme de jouer dans les flaques), ils le feront quand même, mais dans votre dos, et ça finira mal, et du coup vous vous épuisez à faire la police. (La liberté a du bon, c'est moins fatigant à surveiller.)

    Bref, cette liberté c'est juste laisser les enfants êtres des enfants.

     

    Mais un enfant peut faire éternellement la même activité ?! 

    Bha oui, c'est l'jeu ma pauv'e Lucette.

    S'il s'acharne dans sa monomanie malgré des incitations/invitations à voir autre chose, c'est qu'il construit quelque chose qui nous échappe. Le forcer n'apporterait rien de bon vu qu'il n'est pas disponible pour autre chose que sa monomanie. 

    Oui, j'ai un élève qui a passé des mois à ne faire que du dessin, un autre a brossé la table pendant une semaine, une autre étale avec énergie de la colle pendant des heures... Mais ils finissent toujours par passer à autre chose, posément, librement, en étant allé au bout de leur activité.

     

     

    Mais ils vont se salir!!!

    Bha oui, et alors? 

    De la liberté à l'école maternelle

     

     

    Il y a de l'eau et du savon à l'école (en accès totalement libre), et puis ils ne se salissent pas tant que ça, pas tellement plus que quand on leur interdit de toucher à tout et qu'ils le font dès qu'on a le dos tourné.

    L'hygiène c'est se laver, pas ne pas se salir. wink2

    Et puis, à quoi ça sert d'avoir des vêtements si on ne peut rien faire dedans? (©Petit Bateau)

     

    Mais ça va mettre la pagaille!

    Oui, et alors? 

    De la liberté à l'école maternelle

     

    Il y a a disposition de quoi nettoyer : pelles, balayettes, balai, plumeau, éponges, torchons, poubelles... A la condition de l'exiger et de l'enseigner (le ménage, ce n'est pas inné), les élèves apprennent très vite à ranger et nettoyer leur propre saleté, à mettre à la poubelle papiers et autre matériaux réduits à l'état de déchets... Et, bien sûr, les adultes de la classe les aident et montrent l'exemple.

     

    Mais quelle gâchis de matériel!

    J'ai la chance d'avoir un  budget de classe plutôt confortable et je fonctionne beaucoup sur la récup. La classe consomme une quantité colossale de papier, j'en récupère partout où je peux.

    Et puis, ce n'est que rarement gâché, l'élève apprend, expérimente... c'est bien ça le but, pour ça que j'ai des sous, non?

      

    Mais ils doivent se chamailler en permanence ?!

    Eh bien non. 

    Il y a la règle du quart d'heure (c'est une moyenne, chez les petits ce temps est plus de 5 à 10 minutes), mettez les élèves en jeux libres (avec assez de matériel pour que tous aient quelque chose dans les mains) : 

    -premier quart d'heure : chacun découvre, se décide, joue plus ou moins dans son coin.

    - deuxième quart d'heure : chamailleries et conflits : chacun voit les limites de son jeu, veut celui du voisin, conflit de matériel, d'espace... 

    - troisième quart heure et plus : les jeux s'organisent, des groupes de se forment, on se décide, une dynamique s'installe. 

    De la liberté à l'école maternelle

    Bon, ce ne sont que des temps approximatifs, hein, mais le jeu libre suit en général cette évolutionAlors oui, il va y avoir des conflits, mais passé une phase, il y en aura beaucoup moins, une ambiance de jeu, c'est une dynamique qui se met en place, une machine qui démarre avant de tourner.

    Par contre, il faut qu'il y ai de quoi faire: deux poupées, une mini dînette, un pot de feutres et un circuit voiture... pour vingt (comme je l'ai vu dans certaines écoles) : ça va être la guerre très vite! Les enfants ne peuvent pas s'organiser car il n'y a pas assez pour que tous puissent vraiment jouer en même temps.

     

     Mais ils ont le droit de faire n'importe quoi, c'est l'anarchie !

    Non.

    Il y a une nuance entre la liberté et faire n'importe quoi.

    Déjà il y a la base : ne pas taper, ne pas faire mal, ne pas insulter, ne  pas crier, ne pas dire de gros mots, ne pas détruire... hein, c'est la base de la collectivité. Ma classe n'est pas une zone de non-droit.

    Puis « ma liberté s'arrête ou commence celle d'autrui ». 

    Et puis il y a les règles d'utilisation du matériel : 

    - J'utilise alors je range quand j'ai fini.

    - Je salis alors je nettoie.

    - Je ne prends pas des mains.

    - Je n'ai le droit de prendre qu'une activité qui est rangée à sa place.

    - Je ne marche pas sur les tapis. (Pour s'installer par terre, il y a des petit tapis à disposition.)

    - Je marche en faisant attention aux autres. 

    - J'utilise les activités qui sont sur les plateaux en respectant l'utilisation qui m'a été expliquée.

    - Pour le bac à sable : pas plus de deux enfants, si on fait tomber du sable à côté on nettoie et on change de jeu. (sinon, il y a du sable dans toute la classe et le sol devient une patinoire...)

    - etc.

    Sinon, pendant les temps libres, les élèves utilisent le matériel librement, pas besoin de me demander pour prendre un plateau, aller regarder les livres, prendre des feuilles, des crayons, du scotch, de la colle, pour aller aux toilettes (elles sont attenantes à la classe, et en cas de besoin d'aide, il faut qu'ils préviennent l'atsem avant d'y aller), pour aller se moucher, pour aller prendre de l'eau au robinet, pour se laver les mains, pour aller boire, pour aller fourrer mettre son dessin dans son sac...

    Chacun vit sa vie, s'organise, des groupes se forment, l'entraide s'installe... la classe bouge, respire, bourdonne d'activité : c'est une ruche en plein travail.

     

    Mais ils n'en profitent pas? 

    Profiter pour faire quoi? Jouer au robinet et inonder le sol ? Vider la boîte de mouchoirs ? Voler du matériel? Jouer dans les toilettes? Tout mélanger sur les plateaux ?  Mettre de la colle partout? ... 

    Et bien non, pas vraiment. Ce type d'incident existe mais ils sont rarissimes (cela arrive moins que dans une classe où tout est interdit car il n'y a pas l'attraction de la transgression de l'interdit). J'ai confiance en eux, ils sont beaucoup plus responsables qu'on l'imagine. 

     

    Mais tu as des élèves parfaits dans ta classe!

    Ben non. 

    J'ai des élèves de deux, trois, quatre, cinq, six ans, des élèves avec des troubles du comportement, handicapés avec ou sans AVS, dys-machin ou dystruc, etc. Bref une classe maternelle normale. 

     

    Ce n'est pas toujours triste, ça ne tourne pas toujours rond, parfois c'est épique (hum, le plateau de semoule qui tombe, puis celui d'eau, puis la boîte de perles...), parfois électrique (hum, la pleine lune avant Noël un jour de pluie...), mais ce ne sont que des enfants, ils apprennent, ils sont là pour cela, et moi je suis leur guide.

     

    Mais alors tu t'assois à ton bureau et tu ne fais rien ?!

    Ben non, c'est idiot comme idée.

    Déjà il faut faire respecter les règles de vie et garder un oeil sur les divers espaces de la classe. J'ai certes confiance en eux mais je ne suis pas naïve et idiote, l'air de rien, je surveille.

    Ensuite, je propose et présente les plateaux individuellement.

    J'observe les activités et les élèves, pour voir où ils en sont des apprentissages, ce qui les intéresse...

    Parfois je joue avec eux, lis un livre avec un groupe, chante une chanson à d'autre.

    Je répare, ré-approvisionne, aide...

    Je prends aussi beaucoup de photos pour mettre dans les cahiers de vie.

    Et surtout je suis le grand Manitou. Certes l'environnement est un professeur, mais c'est moi qui crée cet environnement en fonction de mes observations, de mon but, de l'ambiance de la classe... 

    Je n'ai pas une minute à moi!

     

    Et les programmes ?

    Eh bien, je suis le grand Manitou, j'ai aussi un peu de bouteille du coup je sais où je vais, ce que je veux, alors j'organise l'environnement pour favoriser tel ou tel aspect des apprentissages, encourage les élèves dans telle ou telle activité.

    Selon les nouveaux programmes de la maternelle, mes élèves ont bouclé les attendus de leur classe d'âge depuis un mois environ... 

    Ben vi, la liberté ça a du bon, on n'apprend jamais aussi bien que quand on est prêt et qu'on veut le faire.

     

    Mais comment tu les évalues?

    Facile : je ne les évalue pas. 

    Pas de livret d'évaluation de cinquante pages en huit nuances d'étoile dans ma classe, ni remplit pas moi et ni par les enfants. Mes élèves ont mieux à faire que de se situer pluri-quotidiennement dans leurs apprentissages et par rapport aux autres, ils travaillent ardemment à grandir.

    C'est déjà bien assez.

    Je suis un guide, pas un gendarme qui établit des PV, ni un juge qui sanctionne.

     

    Mais alors c'est une garderie!

    Ben non. J'enseigne et mes élèves apprennent.

    J'observe mes élèves, je sais où ils en sont, ce qu'ils font, leurs points forts, leurs faiblesses... de là je crée, propose, construis, organise dans le but que mes élèves maîtrisent les compétences des programmes... entre autre.

    Et puis si jeu = garderie, école = ?   

     

    Et les parents?

    Très peu de retour en fait, mais aucune critique sur mes méthodes ne m'a été remontée. Certains sont un peu perdus, surtout s'ils ont eu des aînés passés dans une classe traditionnelle avec fiches et ateliers tournants, mais ils avouent voir leur enfant évoluer et apprendre, c'est le plus important.

     

    Et les collègues ?

    Je n'ai pas de collègue de maternelle. Les collègues d'élémentaires se mêlent peu de ma pédagogie, je les adore pour cela! 

     

    Et l'inspection ? 

    J'évite de parler de mes choix et de mon organisation qui ne sont pas du tout dans l'air du temps. (Nous sommes dans l'air de l'hyper-contrôle et de l'évaluationnite aiguë. On se fiche de ce que l'on fait, il faut évaluer, contrôler, lister, classer...)

     

    Et l'ATSEM ?

    Alors il faut vraiment bien présenter le concept et être très pédagogue, car c'est déstabilisant pour elle, la classe se salit vitesse grand V, il y a cette impression de pagaille et d'anarchie, il faut accepter de laisser faire et de ne pas tout contrôler.  

    Dur dur à faire accepter, à faire respecter.

     

    Mon bilan actuel 

    Mes élèves sont autonomes, curieux, actifs, maîtrisent les compétences des programmes. Ils ont le sourire et semblent heureux de venir à l'école.

    Bref, d'après moi, ça roule.

     he

     

     

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